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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 4 septembre 2019

- Par Ericka Muzzo

George Dalton, Jeffrey Barglowski, Edward MacDonald et Simon Lloyd étaient présents pour officialiser la remise du livre historique à la bibliothèque Robertson. À manipuler avec des gants blancs!  (Photo : E.M.)

 

L’ouvrage en question a été écrit par Joseph-Bernard Chabert de Cogolin, aussi connu sous le nom du Marquis de Chabert, au début des années 1750.  Plus encore, l’exemplaire résidant désormais à la bibliothèque Robertson de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard aurait appartenu à nul autre que Samuel Holland, célèbre arpenteur, reconnu pour avoir créé la toute première carte moderne précise de l’Î.-P.-É.

 

«Voyage fait par ordre du roi en 1750 et 1751, dans l’Amérique septentrionale : pour rectifier les cartes des côtes de l’Acadie, de l’isle Royale & de l’isle de Terre-Neuve, et pour en fixer les principaux points par des observations astronomiques» a été publié en 1753 en France. 

 

«L’ouvrage a beaucoup de valeur et présente un travail important en soi, mais ce qui nous excite particulièrement de cette copie spécifique, c’est la connexion directe avec Samuel Holland, qui est une figure historique iconique pour l’Île-du-Prince-Édouard», explique avec enthousiasme Simon Lloyd, archiviste universitaire et bibliothécaire des collections spéciales à la bibliothèque Robertson. 

 

Il a orchestré la petite cérémonie qui a eu lieu le lundi 26 août dernier, pour accueillir officiellement le livre au sein de la collection d’ouvrages historiques.  Étaient aussi présents le donateur, Jeffrey Barglowski, ainsi qu’un descendant de Samuel Holland, George Dalton. 

 

La chose à faire

 

Si le livre revient aujourd’hui au bercail, c’est en partie grâce à un heureux hasard.  Jeffrey Barglowski, en visite spéciale d’Hawaï, a expliqué qu’il l’avait trouvé parmi des boîtes récupérées chez une vieille dame qu’il avait rencontrée dans le cadre de son travail.  Cette dame avait chez elle une trentaine de boîtes remplies de livres, et avait proposé à M. Barglowski d’en prendre quelques-unes.  Il avait pu en rentrer quatre dans son camion. 

 

«Je les ai ouvertes des semaines plus tard, et c’est là que j’ai réalisé qu’il y avait des ouvrages historiques dans ces boîtes.  Malheureusement, quand j’ai voulu retourner chercher les autres, la maison avait déjà été détruite avec tout ce qu’elle contenait», raconte le retraité, qui œuvrait alors en Californie comme responsable de projet d’une compagnie de construction.  Son plus grand regret est de ne jamais savoir quelle autre merveille historique aurait pu être cachée dans ces boîtes. 

 

Ce n’est que des années plus tard qu’il a trouvé une connexion entre Samuel Holland et l’Î.-P.-É., en la personne de George Dalton.  Celui-ci était responsable d’organiser la commémoration Samuel Holland 250, en 2015 à l’Île-du-Prince-Édouard. 

 

Preuve d’un point important à l’Île

 

«L’histoire appartient à ses propriétaires légitimes», estime Jeffrey Barglowski.  C’est donc sans l’ombre d’une hésitation qu’il a fait parvenir l’ouvrage à George Dalton, qui a par la suite organisé son transfert à la bibliothèque Robertson, où il sera le mieux traité. 

 

«Il sera disponible pour que nos chercheurs l’examinent, et nous l’exposerons aussi à certains moments.  Nous avons déjà numérisé certaines parties significatives, comme la page qui contient la signature de Samuel Holland, et des gribouillis qu’il a probablement faits lui-même», note Simon Lloyd. 

 

En mordu d’histoire, celui-ci est particulièrement fasciné par la possibilité que Samuel Holland ait récupéré cet ouvrage au moment du siège de Louisbourg, en 1758.  «Ce siège a été un pivot de l’histoire coloniale dans cette partie du monde.  Le régime français prenait fin, et ce livre en est un symbole, parce qu’il a été publié en 1753 par la Couronne française, mais il contient la signature d’un officier militaire britannique de quelques années plus tard.  C’est un symbole du moment décisif qui se passait à cette époque», avance encore Simon Lloyd. 

 

Bien qu’il soit difficile de spéculer sur la valeur d’un tel objet historique, quelques recherches ont permis à l’employé de la bibliothèque Robertson de trouver un exemplaire en condition similaire, se vendant au coût de 3000 $.  «Mais la signature de Samuel Holland rend cet exemplaire-ci inestimable à nos yeux», conclut-il. 

 

Le livre contient principalement des cartes, des observations et autres détails collectés par le Marquis de Chabert, en 1750 et 1751.  Samuel Holland aurait pu les utiliser pour créer sa propre carte de l’Île, quelques années plus tard. 

 

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