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Le 17 décembre 2019

- Par Jacinthe Laforest

Une procession, menée par le chef du Parti vert, Peter Bevan-Baker, la députée Karla Bernard et Évangéline et Gabriel, personnifiés par Tia Stanislawawska et Marc Chapman, tous deux de l’École La-Belle-Cloche, s’est rendue au monument de l’Odyssée acadienne pour déposer la couronne commémorative. 

 

Le Jour du Souvenir acadien a été marqué pour la 10e fois le vendredi 13 décembre au Lieu historique national Skmaqn—Port-la-Joye—Fort Amherst dans un esprit de recueillement et de respect, et en présence de plusieurs invités, incluant le premier ministre Dennis King, ainsi que des élèves de l’École Évangéline à Abram-Village et de l’École La-Belle-Cloche à Rollo Bay.

 

«Peu importe de quelle manière on regarde cet événement tragique de la Déportation, ça se résumer à ceci : ces gens ont été déportés parce qu’ils étaient français», a déclaré le premier ministre, insistant sur l’importance de créer une société inclusive où chaque personne a la même valeur peu importe la langue qu’elle parle, la religion qu’elle pratique ou sa manière de vivre sa sexualité. 

 

«Une des raisons qui m’ont poussé à me lancer en politique est que je crois que, comme société, nous n’avons pas encore trouvé la bonne façon de traiter les personnes comme les personnes qu’elles sont», a indiqué le premier ministre. 

 

Dennis King qui, à l’occasion, aime se faire appeler Denis Roy, s’est par la suite adressé directement aux élèves des écoles Évangéline et La-Belle-Cloche dans la salle avec ce message : «En grandissant, continuez d’être vous-même.  Soyez toujours le meilleur que vous pouvez être et le plus heureux que vous pouvez être et vous allez changer le monde», a-t-il insisté. 

 

Le premier ministre Dennis King.

 

Les élèves dans la salle ont reçu beaucoup d’information en peu de temps, et ils ont aussi ressenti des émotions.  «Je suis triste pour toutes les personnes qui sont mortes pendant la Déportation, et plus encore pour les enfants», a indiqué Jacob Gallant, en 6e année à l’École Évangéline, qui dit s’être demandé quelle aurait été sa vie s’il avait vécu durant ces années difficiles. 

 

Ces affirmations pourraient réjouir Josée Babineau, qui est la spécialiste en sciences humaines au ministère de l’Éducation et de l’Apprentissage continu.  Pour elle, ce genre d’événement de commémoration sert à incorporer l’histoire dans notre vécu et à la rendre plus vivante.  «Nous faisons des choses en classe et des activités comme celle-ci aident à relier l’enseignement à la réalité et au vécu des jeunes», dit Josée Babineau. 

 

C’est d’autant plus vrai si les jeunes jouent un rôle actif dans l’événement, comme cela a été le cas pour Marc Chapman et Tia Stanislawawska de l’École La-Belle-Cloche qui incarnaient Gabriel et Évangéline, ainsi que les quatre élèves qui ont prêté leur voix à de vrais enfants ayant vécu la Déportation.  Emmerson Bohan de l’ÉLBC a joué le rôle de Marie-Josette Haché, Zachary Hébert d’ÉLBC a joué le rôle de Paul Hébert, Andraya Gallant de ÉÉ a joué le rôle de Julienne Gautreau et Jaden McInnis a prêté sa voix à Charles Olivier Guillot. 

 

Chacun leur tour, ils ont exprimé les tourments qu’ils ont vécus, durant cette funeste année 1758 qui a été, pour plusieurs, la dernière de leur vie. 

 

Emmerson Bohan, de l’École La-Belle-Cloche, a joué le rôle de Marie-Josette Haché.

 

Alaina Cheverie en 6e année à ÉLBC a été touchée par l’ensemble de la cérémonie.  «C’était vraiment beau.  Mais triste aussi.  C’était nouveau pour moi.  À l’école, on ne parle pas encore beaucoup de cela», a confié la jeune demoiselle. 

 

La présence de nombreux enfants dans la salle, qui serait trop petite malheureusement pour en accueillir beaucoup plus, n’est pas passée inaperçue.  «C’est une belle sensibilisation pour les jeunes.  Moi-même, du Nouveau-Brunswick, j’avais toujours l’intention de venir à cette cérémonie et cette année, ça s’est arrangé.  Je pense que c’est le seul endroit où le Jour du Souvenir acadien est marqué de cette façon particulière.  J’ai trouvé que c’était une commémoration magnifique», a insisté Claude Boudreau, des Voyages DiasporAcadie.  Dans son travail, il guide des groupes dans des circuits commémoratifs en France et en Louisiane, et il a beaucoup apprécié l’événement du 13 décembre. 

 

Leçons universelles

 

Avec ses paroles, le premier ministre a mis en exergue le caractère universel de la tragédie de la Déportation, et en particulier de son épisode le long des côtes de notre île en 1758. 

 

Tout comme à Montréal il y a 30 ans, des femmes ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes, les Acadiens et les citoyens de l’Acadie de l’époque ont été déportés à cause de leurs origines et de leurs refus de renier ce en quoi ils croyaient. 

 

Chaque jour, les bulletins d’information font part de tels ou tels incidents impliquant des gens d’origines différentes. 

 

«Pour moi qui viens de France, le Jour du Souvenir acadien c’est une journée de recueillement et de solidarité.  Dans notre société qui se veut plus inclusive, une journée comme celle-ci fait appel à la capacité d’empathie de l’être humain, peu importe d’où il vient.  C’est universel», a indiqué Emmanuelle Billaux, directrice du Carrefour de l’Isle-Saint-Jean, qui était accompagnée de plusieurs collègues originaires de l’autre côté de l’Atlantique à cette commémoration. 

 

Le caractère universel n’enlève rien cependant à l’émotion qu’a vécue Ron Gallant, qui habite non loin du site historique.  «C’est mon histoire.  Je suis un Haché-Gallant.  Mes ancêtres ont vécu ici.  J’ai trouvé la journée très spéciale», a dit celui qui a participé à l’organisation de la rencontre des Haché-Gallant sur ce lieu même il y a à peine quelques mois. 

 

Les élèves de la concentration Arts et culture de l’École Évangéline ont contribué à la cérémonie.

Le premier ministre Dennis King et la représentante de la Société Saint-Thomas-d’Aquin Sue LeMaistre.

 

Une couronne a été déposée au monument de l’Odyssée acadienne.  La cérémonie s’est déroulée le 13 décembre à Smaqn—Port-la-Joye—Fort Amherst dans un état d’esprit serein et respectueux.  (Photos : J.L.)

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