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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 11 février 2019
- Par Ericka Muzzo

Le ministre du Développement économique et du Tourisme de l’Î.-P.-É., Chris Palmer, était présent pour écouter les doléances des citoyens de son district, Summerside - Wilmot. À sa droite, Donald DesRoches, qui a fait valoir les besoins de la communauté acadienne et francophone.


Les Insulaires ont eu l’occasion de se faire entendre en vue de l’élaboration du budget provincial 2019-2020, le jeudi 7 février dernier dans une salle du Holland College de Summerside.  Le président du Collège de l’Île et trésorier du RDÉE, Donald DesRoches, était présent pour représenter les intérêts de la communauté acadienne et francophone.

Devant le ministre des Finances, J. Heath MacDonald, M. DesRoches a tenu un discours d’une quinzaine de minutes soulignant les bons coups du gouvernement dans la dernière année, mais les encourageant aussi à reconnaître les besoins spécifiques des francophones de l’Île dans le prochain budget. «On a vu des progrès au niveau de l’analyse du marché de l’emploi en fonction des villes, des comtés.  Mais on n’est toujours pas très avancés en ce qui concerne les données linguistiques, à savoir quels sont les besoins pour les postes bilingues, par exemple.  Je sens qu’on a une oreille attentive de la part des fonctionnaires, mais ça va prendre davantage de chevaux dans l’étable pour produire ce genre de données», avance Donald DesRoches. 

Il espère que le gouvernement «mettra l’épaule à la roue» dans l’année à venir afin de collecter davantage de données, ce qui permettrait de mieux adapter l’offre de programmes pour les étudiants, entre autres.  «On est en discussions pour financer divers projets avec l’Université de l’Î.-P.-É., qui pourrait éventuellement offrir des cours en français.  On espère pouvoir faire quelques annonces intéressantes dans les mois à venir», assure le président du Collège de l’Île. 

Pour remédier à la pénurie d’enseignants, en particulier dans les écoles francophones et dans les programmes d’immersion, il faudrait pouvoir former ces enseignants à l’Île, a fait remarquer Donald DesRoches.  «Si on veut recruter des étudiants francophones de l’étranger, on doit pouvoir leur vendre non seulement des programmes collégiaux d’un ou deux ans, qui mènent directement au marché du travail, mais aussi la possibilité de continuer leurs études en français.  On n’en est pas encore là».

Les CPE, toujours au menu

En amont d’études universitaires en français, il y a l’éducation des tout-petits francophones de l’Île.  Les centres de la petite enfance (CPE) ont fait couler beaucoup d’encre dans les dernières semaines, avec leur campagne pour demander un salaire équivalent à celui des assistants en éducation, un poste qui requiert des compétences très similaires, mais qui est payé sept dollars de l’heure de plus. 

«C’est le gouvernement qui fixe les deux échelles salariales (des éducatrices des CPE et des assistants en éducation), je trouve qu’il y a là un non-sens, et à la limite une question d’éthique.  Comment un même ministère, pour un même profil de formation, peut payer sept dollars de l’heure de plus à l’un et dire qu’il est également engagé à la qualité des services en salle de classe et en CPE?» se questionne Donald DesRoches.  Il a d’ailleurs présenté cette information au ministre des Finances, qui s’est contenté d’assurer que des discussions étaient en cours à ce sujet. 

«Ça n’est pas seulement une question d’argent, ça peut aussi être d’autres choses, comme des avantages sociaux.  On veut regarder l’ensemble de la situation», affirme J. Heath MacDonald.  S’il n’est pas prêt à assurer que le budget comportera des fonds spécifiques pour les CPE, il assure que la question est «sur le radar» du gouvernement. 

Les CPE anglophones font également partie de la campagne, mais Donald DesRoches note que la question est encore plus viscérale pour le côté francophone, notamment parce qu’il n’y a aucune autre option de centre privé en français.  «Il y a une distinction importante, c’est que pour les anglophones on ne parle pas d’une question existentielle, mais pour les francophones, oui.  Si les parents doivent envoyer leurs enfants dans des centres anglophones par manque de place, il y a de fortes chances que ces enfants poursuivent leurs études en anglais ou en immersion.  Ensuite, ils ne choisiront pas le Collège de l’Île, ni un éventuel partenariat avec UPEI, ni même des études postsecondaires en français ailleurs au Canada», souligne-t-il. 

Sachant que l’un des objectifs du gouvernement prince-édouardien et d’attirer et de rapatrier les jeunes à l’Île, Donald DesRoches trouve absurde de ne pas mettre davantage de fonds dans ce service essentiel pour les jeunes familles, et espère que ce problème trouvera une solution dans le prochain budget. 

«C’est une drôle de période pour confirmer du financement, à la veille d’élections provinciales et fédérales.  C’est soit exactement le bon moment, soit le pire, note M. DesRoches.  Mais c’est essentiel de participer à un exercice comme aujourd’hui, c’est une occasion en or d’avoir une oreille attentive du gouvernement, de l’influencer en vue du prochain budget».  Quelques autres personnes étaient présentes dans la salle pour faire valoir leurs points de vue, et espérer que leursdoléances soient prises en considération. 

Il est possible de soumettre des idées sur le budget jusqu’au 22 février, via le site web www.princeedwardisland.ca/fr/service/consultations-prebudgetaires. 

Le ministre des Finances, J. Heath MacDonald (à gauche), a profité du service de traduction offert lors de la consultation à Summerside.  (Photos : E.M)

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