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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 6 février 2019
La révision du système d’assurance emploi promise par le gouvernement fédéral se fait toujours attendre, alors que le mandat du premier ministre Trudeau tire à sa fin.  D’après le Commissaire de l’assurance emploi du Canada, Pierre Laliberté, les travailleurs devront patienter encore au moins un an pour que des modifications soient apportées. Un forum était organisé le mardi 29 janvier dernier par la branche prince-édouardienne du Syndicat canadien de la fonction publique (CUPE), afin de discuter et de dénoncer le système d’assurance emploi à deux vitesses qui a préséance à l’Île depuis 2014. À l’époque, sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, il avait été décidé que l’Île serait désormais divisée en deux zones pour l’assurance emploi : la zone métropolitaine de Charlottetown, et le reste de l’Île. 

Les travailleurs habitant dans cette première doivent depuis accumuler 665 heures de travail pour avoir jusqu’à 38 semaines de prestations, calculées sur les 21 meilleures semaines, alors que le reste de la province a besoin de 490 heures pour avoir jusqu’à 45 semaines de prestations, calculées sur les 16 meilleures semaines. 

Le vice-président et président par intérim de la CUPE Î.-P.-É., Leonard Gallant, estime que la décision prise en 2014 ne tient pas compte de la réalité de l’Île et qu’elle devrait être renversée.  «Nous sommes une province saisonnière, et les travailleurs saisonniers sont punis avec la réglementation de deux zones.  On veut un système plus égalitaire, les mêmes conditions pour l’Île-du-Prince-Édouard au complet», défend-il. 

C’est d’ailleurs ce pourquoi se battent plusieurs travailleurs et politiciens de l’Île depuis plusieurs années, dont le député libéral Sean Casey, qui déplorait déjà en 2017 lalenteur du gouvernement fédéral à revenir au système à une zone.  Le chef du Nouveau Parti Démocratique (NPD), Joe Byrne, le chef du Parti Vert, Peter Bevan-Baker, le député de Charlottetown Richard Brown et le maire de Charlottetown, Philip Brown, étaient d’ailleurs présents au forum du Syndicat canadien de la fonction publique. 

Pas de traitement de faveur

Sans demander de système particulier pour l’Île-du-Prince-Édouard, Leonard Gallant estime que le système d’assurance emploi devrait être revu en profondeur.  C’est un avis que partage le Commissaire Pierre Laliberté, dont le rôle est de représenter les travailleurs.  «Ça n’est pas d’hier qu’il y a des problèmes dans ce système, mais ça a peut-être empiré pour des raisons techniques, comme le vieillissement de la population.  Le taux de chômage descend, mais c’est simplement parce qu’il y a moins de gens qui cherchent des emplois, alors que cela affecte les travailleurs saisonniers qui voient leurs prestations diminuer en fonction du taux», explique-t-il. 


L’idée derrière la création de deux zones à l’Île est que l’emploi serait plus accessible dans la zone métropolitaine.  Le taux de chômage y est effectivement de 6,1 %, contre 11,3 % pour le reste de l’Île, mais Leonard Gallant estime que cette logique ne tient pas la route.  «Les chiffres sont comparables.  Il y a plus d’emplois, mais également plus de gens qui cherchent des emplois», expose-t-il.  D’autant plus que le système est basé sur le lieu de résidence et non sur le lieu de travail, ce qui signifie que deux employés d’une même compagnie pourraient avoir des prérequis différents pour l’assurance emploi. 


Une révision des limites est requise tous les cinq ans, et le gouvernement fédéral est actuellement en processus de revoir les 62 régions économiques de l’assurance emploi au pays.  «En principe, le gouvernement s’est aussi engagé à faire une revue profonde du système, la dernière remontant aux années 90», note Pierre Laliberté.  Il dit «croiser les doigts» pour que le processus soit enclenché dans les semaines à venir.  «C’est un programme large et complexe, il faut réévaluer s’il remplit toujours son rôle de soutien au revenu», enchaîne le Commissaire. 


Une meilleure reconnaissance des travailleurs saisonniers


Au mois d’août 2018, le ministre fédéral de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, annonçait qu’un support fédéral permettrait désormais aux provinces d’accorder cinq semaines de prestations supplémentaires aux travailleurs saisonniers.  La mesure vise à combler le «trou noir», période sans revenus entre la fin de l’assurance emploi et le début du travail, que la Confédération des syndicats nationaux (CSN) du Québec estime entre 5 et 18 semaines. 

Pour Leonard Gallant, c’est une solution «band-aid».  «Ce ne sont pas tous les travailleurs saisonniers qui se qualifient pour ce programme, ça ne règle vraiment pas le problème.  La situation est très difficile pour plusieurs», constate-t-il toujours.  Cependant, Pierre Laliberté note qu’il s’agit de la «première fois dans l’histoire de l’assurance emploi qu’une mesure spécifique est mise en place pour les travailleurs saisonniers».  D’après les statistiques, cette frange de la population représenterait environ 2 % des Canadiens, mais peut monter jusqu’à 24 % des travailleurs pour la Gaspésie, par exemple. 


Le 30 janvier dernier, les élus de quatre conseils centraux de la CSN (Côte-Nord, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Bas-Saint-Laurent et Montréal) ont occupé le bureau du premier ministre Trudeau durant neuf heures, dans le but de faire entendre la voix des régions au sujet de l’assurance emploi. 

«Ottawa doit avoir une vision pour les régions et doit surtout passer des beaux discours à l’action s’il veut diminuer la pauvreté.  Modifier en profondeur le régime de l’assurance-emploi serait un premier pas significatif», conclut le vice-président de la Confédération des syndicats nationaux, Jean Lacharité.


La CUPE envisage, pour sa part, de faire de plus en plus de bruit d’ici les élections fédérales, pour faire de l’assurance emploi un enjeu prioritaire.  Dans la province insulaire, où une grande partie de l’industrie est saisonnière, un bon système est un incontournable. 

- Par Ericka Muzzo

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