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Le 15 avril 2020

- Marine Ernoult / Initiative de journalisme local - APF – Atlantique

«C’est plus motivant de s’entraîner en groupe, on est poussé par les autres», assure Mireille Martin, hockeyeuse des Panthers de l'Université de l’Î.-P.-É.

 

Avec le confinement, les sportifs professionnels et les amateurs tentent de s’adapter pour continuer à faire du sport à la maison.

«Le hockey me manque beaucoup, les entraînements avec mon équipe aussi, c’est stressant de ne pas savoir quand ça reprendra». À l’image de Mireille Martin, hockeyeuse des Panthers de l'Université de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.), de nombreux sportifs ne peuvent plus pratiquer leur activité depuis la mise en place des mesures de confinement. «Mon moral en prend un coup», confie Brendon Clavelle, hockeyeur des Islanders de Charlottetown.

 

Aréna, gymnases, piscines, salles de sport ont fermé et l’activité physique est à l’arrêt. Les cours collectifs et rassemblements sportifs ne sont plus autorisés, Heather Morrison, la médecin-hygiéniste en chef de l’Î.-P.-É., appelle les insulaires à limiter au maximum leurs déplacements à l’extérieur.

 

Les sportifs accrocs aux hormones sécrétées durant l’effort ont du mal à se plier à de telles consignes. «L’activité physique leur permet de dépenser l’énergie générée par le stress, explique Bruno Ouellette, psychologue sportif. Aujourd’hui, avec le confinement, ils ont beaucoup plus de difficulté à dépenser cette énergie qui risque de devenir négative, voire toxique.» L’absence de fatigue physique peut aussi provoquer des insomnies, de l’énervement.

Système D

Soudainement privés d’activités, les athlètes de haut niveau angoissent, eux qui avaient jusqu’alors une vie structurée, réglée au millimètre. «J’ai travaillé toute ma vie pour faire partie des meilleurs, réagit Kaylee Dufresne, hockeyeuse des Panthers de l’Université de l’Î.-P.-É. Ma passion m’a été retirée tellement brusquement, tout s’est arrêté si subitement, c’est dur de ne pas savoir comment va se passer la saison prochaine.» Pour les sportifs amateurs qui pratiquent quotidiennement, le confinement peut également ouvrir un «grand vide existentiel», assure Bruno Ouellette, car «le sport fait partie de leur identité».


Alors, depuis le début de la crise, chacun se débrouille comme il peut pour échapper au manque. L’équation est complexe pour les hockeyeurs. «C’est un défi pour eux de modifier leurs pratiques sportives, un virage à 180 degrés», admet Jean-Michel Pelletier, psychologue sportif qui prépare plusieurs joueurs canadiens pour les Jeux olympiques. Avant la pandémie, Mireille Martin avait trois entraînements intensifs sur glace par semaine, aujourd’hui elle fait des exercices physiques une heure par soir, six jours sur sept, mais «sans glace».

 

«Tout s’est arrêté si subitement, c’est dur de ne pas savoir comment va se passer la saison prochaine», confie Kaylee Dufresne, hockeyeuse des Panthers de l'Université de l’Î.-P.-É.

 

«Recréer une routine quotidienne»

 

La jeune hockeyeuse a improvisé une salle de sport dans son sous-sol, essaye de pratiquer son lancer dans son jardin, court quand elle peut et visionne des vidéos d’anciens matchs. Sa coéquipière, Kaylee Dufresne s’astreint au même régime, séquence de gym et d’étirements le matin, course à pied l’après-midi. «J’essaye de rester positive, d’être prête pour la rentrée», raconte-t-elle.

 

Pour affronter un confinement qui pourrait s’éterniser, une seule solution : s’adapter. «Il faut retrouver de nouvelles habitudes, se faire un emploi du temps de façon à reprendre le contrôle et recréer une routine quotidienne», conseille Bruno Ouellette. Le psychologue recommande même d’élaborer un plan d’utilisation des journées avec des plages horaires dédiées au sport, et de coucher sur le papier les progrès réalisés.

 

«C’est moins stimulant de poursuivre les entraînements à domicile, ils sont moins intenses, plus monotones», reconnaît Jean-Michel Pelletier. Mireille Martin confirme : «C’est plus motivant en groupe, on est poussé par les autres». Pour garder sa motivation, la hockeyeuse est en contact permanent avec son coach et ses coéquipières. La suite ? Brendon Clavelle l’appréhende : «Je n’y pense pas, la situation change tout le temps, je vis au jour le jour». Le joueur des Islanders préfère chausser sa paire de skis de fond chaque matin, tant qu’il y a de la neige.

 

Brendon Clavelle, hockeyeur des Islanders de Charlottetown, ne peut plus pratiquer et son moral en prend un coup.  (Photos : Gracieuseté)

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