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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 30 juin 2020

- Par Marine Ernoult

 

- Le Musée acadien de l’Î.-P.-É. et le Musée et la Fondation du patrimoine de l’Î.-P.-É. présentent cette série de profils dans le cadre des célébrations du 300e anniversaire de l’arrivée des Acadiens et des Français à l’Île-du-Prince-Édouard.  Ce projet est rendu possible grâce à l’appui de la province de l’Î.-P.-É. -

 

Farouche défenseur des droits des Acadiens, Gilbert Buote est un homme du XIXe siècle aux multiples facettes.  Tour à tour enseignant, journaliste, historien et écrivain, il a multiplié les premières à l’Île-du-Prince-Édouard. 

 

Né en février 1833 à Miscouche, Gilbert Buote suit les traces de son père, François, et devient enseignant.  Le jeune homme commence sa carrière en 1851 à Tignish où il exerce pendant deux ans avant de reprendre ses études.  Il se dirige vers le Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière au Québec où il étudie jusqu’en 1856.  Il revient ensuite sur la terre de ses ancêtres et retrouve un poste d’enseignant à Tignish. 

 

Pendant quarante ans, son métier le conduit dans toutes les provinces maritimes et jusqu’aux États-Unis.  Il enseigne en Nouvelle-Écosse à la baie Sainte-Marie de 1873 à 1877, dans l’État du Maine de 1882 à 1884, où il donne des cours de littérature française, et au Nouveau-Brunswick à Cap-Pelé.  L’Acadien milite sans relâche en faveur de l’enseignement du français.  Grâce à son action auprès des autorités de l’Î.-P.-É., des livres de lecture en français sont intégrés en 1882 dans le programme scolaire des écoles acadiennes.

 

 

L’Impartial, premier journal francophone à l’Île

 

En 1891, de retour à l’Île après dix ans d’absence, Gilbert Buote s’inquiète de l’anglicisation grandissante des Acadiens.  Pour contrer le phénomène, il fonde en 1893, avec son fils François-Joseph, le premier journal francophone de l’Î.-P.-É. : L’Impartial.  Un hebdomadaire dont la devise est L’Union fait la force.  Le premier numéro, paru le 22 juin, proclame : «Les intérêts de notre peuple seront l’objet de la plus active vigilance de notre part lorsqu’il s’agira de faire reconnaître nos droits».  Le journal promeut le français et encourage les Acadiens à être fiers de leurs origines.  À ce titre, l’hebdomadaire défend plusieurs projets, dont la création d’une association des instituteurs acadiens de l’Î.-P.-É. L’organisme voit le jour en septembre 1893 et agit pendant plusieurs années comme le porte-parole de la communauté acadienne.

 

Derrière la neutralité affichée par le titre du journal, Gilbert Buote est connu pour son soutien au parti conservateur.  Si le rédacteur en chef invite ses lecteurs à s’unir en politique pour accroître leurs forces, à partir de 1896, L’Impartial n’hésite pas à appuyer ouvertement les conservateurs.  Gilbert Buote reproche notamment au Parti libéral d’oublier les militants acadiens lors de l’attribution des postes publics. 

 

 

Un homme connu pour son franc-parler

 

Mais en 1904, l’Acadien retourne sa veste et se range aux côtés des Libéraux, toujours au pouvoir.  «Il semble que les problèmes financiers du journal aient été responsables de son changement d’orientation politique.  Comme la survie du journal était menacée, Buote se serait tourné vers les partis politiques pour obtenir un appui financier», explique Georges Arsenault dans un article du Dictionnaire biographique du Canada publié par les Universités Laval et de Toronto. 

 

Gilbert Buote est journaliste, enseignant, mais aussi historien amateur, généalogiste et écrivain.  À l’occasion du centenaire de Tignish, en 1899, il publie L’Impartial illustré, un livret souvenir contenant l’histoire de la paroisse et la généalogie des familles.  Gilbert Buoteserait également l’auteur du premier roman acadien jamais publié.  Intitulé Placide, l’homme mystérieux, il s’agit d’un récit d’aventures qui met en scène un jeune enquêteur appelé par la police de New York.  Le message de Gilbert Buote est toujours le même : les Acadiens doivent mettre en valeur leur identité et leur langue pour se faire respecter. 

 

«S’il n’hésitait pas à critiquer ouvertement ceux qui se montraient hostiles aux Acadiens et à leur langue, il n’avait pas peur non plus de réprimander ses compatriotes qu’il trouvait souvent trop timides quand venait le moment de défendre leurs droits», indique Georges Arsenault dans le Dictionnaire biographique du Canada, qui évoque aussi un homme connu pour son franc-parler et son tempérament peu conciliant. 

 

À la fin de sa vie, Gilbert Buote travaille sur un ultime projet, l’histoire des Acadiens de l’Île-du-Prince-Édouard.  Il laisse sa dernière œuvre inachevée à sa mort en juillet 1904.  Son journal, L’Impartial, lui survit tant bien que mal jusqu’en 1915.  Aujourd’hui, un prix créé en 1982 par la Société historique acadienne de l’Î.-P.-É. est dédié à sa mémoire. 

 

L'Île-du-Prince-Édouard en images