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Le 5 novembre 2018

Todd Labrador à côté de son canot presque terminé.  (Photo : J.L.) 

Todd Labrador est un Mi’kmaq de la réserve Wild Cat en Nouvelle-Écosse.  Âgé de 58 ans, il est le seul constructeur actuel de canots en écorce de tradition mi’kmaq de son peuple.  C’est un titre qu’il ne tient pas spécialement à conserver encore longtemps.  Il aimerait que son savoir devienne partie intégrante de la culture vivante de son peuple. 

«Mon arrière-grand-père, Joe Jermey, était un constructeur de canots d’écorce de bouleau.  Il est mort en 1961 alors je ne l’ai jamais rencontré.  C’est lui qui a élevé mon père et il lui a toujours raconté beaucoup d’histoires sur la façon de fabriquer les canots, mais mon père n’en avait jamais fabriqué, ni avec son grand-père ni par lui même.  Quand je suis arrivé à l’âge adulte, la tradition était complètement perdue et pas seulement dans ma famille.  J’ai réappris à partir de presque rien», a résumé Todd Labrador, le mercredi 24 octobre, alors qu’il terminait la fabrication de son 14e canot en écorce de tradition mi’kmaq en carrière. 

La construction a commencé en septembre dernier, au lieu historique national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst, et a pris fin au cours de la dernière semaine d’octobre, a l’initiative conjointe de Parcs Canada et de la Confédération Mi’kmaq de l’Î.-P.-É. 

À partir du moment où Todd, alors âgé de 24 ans, a entrepris de construire son premier modèle réduit d’un canot en écorce, il n’a cessé de progresser et d’apprendre de nouvelles techniques au fur et à mesure que ses modèles réduits devenaient plus grands et plus réalistes.  «Pour mon premier modèle réduit, j’ai utilisé une pleine bouteille de colle blanche.  Après cela, j’ai changé de technique.  Et grâce aux histoires de mon arrière-grand-père que mon père me rappelait, j’apprenais toujours davantage.  En 2002, nous avions prévu, mon père et moi, de construire un véritable canot ensemble, mais il est mort cette année-là.  J’ai construit mon premier vrai canot en 2004 et je continue d’apprendre à chaque canot que je fabrique».

Un travail de moine

La construction d’un canot en écorce commence par la récolte de l’écorce.  Les beaux grands bouleaux sont de plus en plus rares, en partie à cause du climat et des coupes à blanc.  Il faut explorer de plus en plus de territoire pour trouver une belle écorce, qu’on récolte alors sans aucun gaspillage.  Curieusement, c’est la face interne de l’écorce du bouleau qui se trouve à l’extérieur du canot en écorce.  «Avec le temps, l’exposition au soleil et l’usure, l’extérieur du canot blanchit, mais lorsqu’il est neuf, le canot est de couleur caramel, comme celui-ci», souligne Todd Labrador.

Une autre tâche préalable qui prend beaucoup de temps est la récolte et le traitement des racines d’épinettes blanches.  Ces racines sont très souples et servent à «coudre» les morceaux ensemble.  «Il faut commencer par enlever l’écorce et après, il faut fendre la racine sur la longueur pour obtenir de longs lacets plats.  On n’utilise pas de nerf ou de cuir d’animal pour nos canots», a précisé M. Labrador.   

Todd est habitué à construire ses canots sous l’œil du public, dans un cadre d’éducation du public et d’attraction touristique.  Ça ne le dérange pas outre mesure, mais il aimerait parfois profiter des moments où il se sent en contact avec ses ancêtres, qui le guident sans cesse.  «Je sens que mon arrière-grand-père est avec moi et qu’il continue à me guider.  Construire un canot comme je le fais, ça prend du temps, de la patience et du savoir-faire.  En fabriquant des canots en public, en accueillant des groupes scolaires, en visitant les Premières Nations comme je l’ai fait à l’Île, j’espère que dans les prochaines générations, des constructeurs de canots traditionnels en écorce de bouleau vont émerger.  C’est un peu pour ça que j’accepte de travailler en public».

L’an prochain, Todd va construire un canot pour la haute mer.  Il mesurera de 21 à 24 pieds de long, sera beaucoup plus haut et il sera muni d’une voile. 




Différentes étapes de la construction du canot d’écorce de bouleau par Todd Labrador. (Photos : Gracieuseté)




Différents détails du canot d’écorce de bouleau et des outils utilisés par Todd Labrador pour compléter son travail.  (Photos : J.L.)


- Par Jacinthe Laforest

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