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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 18 août 2015

Arturo Arias, Stephanie Thalia Huerta Lopez et Selma Osuna se rendent au Collège Acadie Î.-P.-É. du lundi au vendredi pour étudier l’anglais et le français. Ils commenceront des cours liés au domaine de la santé à l’automne mais leur programme d’infirmier auxiliaire débutera seulement en janvier 2015.


Du 28 février au 6 mars 2015, une équipe du Collège Acadie Î.-P.-É. est allée faire du recrutement… au Mexique!  Donald DesRoches, président du Collège Acadie, explique que face à la diminution de la population scolaire dans la province, il est essentiel de convaincre plus de diplômés des écoles françaises et des programmes d’immersion de s’inscrire au Collège. «De plus, il faut recruter de l’extérieur de la province et du pays. Le Mexique représente un marché très intéressant en raison des similitudes entre l’espagnol et le français ce qui a pour effet de faciliter la francisation rapide de ces étudiants en salle de classe», insiste M. DesRoches.

La mission de recrutement s’est produite dans le cadre de la foire de recrutement de l’organisme Class Education pour les collèges et universités canadiennes.  

Le Collège Acadie Î.-P.-É., qui était le seul établissement postsecondaire de l’Atlantique présent, a attiré l’attention de nombreux étudiants d’universités mexicaines, au grand plaisir de Colette Aucoin, vice présidente du Collège Acadie, et de Rodolpho Ortega, Mexicain francophone qui habite à l’Île depuis 2007 et qui est le principal instigateur de ce contact précieux avec le Mexique. 

«En novembre 2013, je participais à une mission commerciale au Brésil pour mon employeur, Honibe, et parmi les participants à cette mission, il y avait le président du Collège Acadie, Donald DesRoches.  Nous étions les deux seuls francophones et naturellement, nous avons jasé.  Quand il m’a dit qu’il cherchait à recruter des étudiants au Brésil pour son collège, je lui ai suggéré que le Mexique serait une meilleure option.  Pour les Mexicains, qui sont des Nord Américains, les Etats-Unis et le Canada sont des destinations plus naturelles que pour les Brésiliens, qui sont plus portés à aller en Europe», a expliqué Rodolpho Ortega.

Au cours de cette mission commerciale au Brésil et les conversations avec le président du Collège, il est devenu clair dans l’esprit du Mexicain que le cours d’infirmier auxiliaire serait le plus intéressant pour
la clientèle mexicaine.   Rodolpho a alors eu le feu vert pour faire une étude de marché, qu’il a présentée au Collège.  Puis, par le biais de programmes de financements variés, Rodolpho s’est rendu au Mexique pour le compte du Collège Acadie, en décembre 2014, pour établir un contact avec des universités majeures, notamment, l’université de Guadalajara et l’université de Nuevo Leon.  «Ce sont de très grandes universités de 50 000 étudiants.  Selon moi, le potentiel était réel mais j’étais content lorsque, en mars, Colette Aucoin, qui m’accompagnait, a pu constater elle-même que c’était possible d’établir des re-
lations durables.  Nous avons fait des présentations dans les deux universités.  À la première présentation, nous avons rencontré 140 étudiants et à la seconde rencontre, nous avons dû refuser du monde.  Et c’est là que nous avons confirmé nos premiers étudiants», insiste Rodolpho Ortega.  

À partir de ces rencontres en mars dernier, les choses se sont enchainées très rapidement et les premiers étudiants, au nombre de quatre, sont arrivés en juin pour apprendre, non pas le français, mais plutôt l’anglais. 

Cela fait partie d’un projet très ambitieux du gouvernement du Mexique de faire apprendre l’anglais, chaque année, à 110 000 Mexicains en leur payant des cours aux États-Unis et au Canada.  Quatre étudiants du Mexique ont passé le mois de juin au Collège Acadie pour étudier l’anglais. 

«À notre grande satisfaction, chacune des étudiantes avait augmenté son anglais de trois niveaux, et nous ça nous a permis de perfectionner notre approche pour la formation linguistique.  On est très satisfait des résultats», soutient Colette Aucoin, vice-présidente du Collège Acadie Î.-P.-É.

Rodolpho confirme que la formation avait été très bien reçue.  «Une des étudiante ne parlait pas du tout l’anglais à son arrivée et à la fin de son séjour, elle était capable de faire ses emplettes, des transactions à la banque et de se débrouiller.  C’était excellent.»

De ces quatre étudiantes, trois sont reparties et la quatrième est restée pour continuer sa formation en français dans le but de suivre la formation d’infirmière auxiliaire qui commence en janvier 2016.  Elle a été rejointe par deux autres étudiants, qui suivent des cours de français depuis juillet et qui veulent eux aussi s’inscrire au programme d’infirmier auxiliaire. 

Une des étudiantes est Stephanie Lopez.  «Je suis venue ici parce que j’étudiais déjà en soins infirmiers au Mexique et que j’ai vu l’opportunité qu’offrait le collège de venir poursuivre mes études ici.  Je voulais quelque chose de mieux pour moi et ma famille m’appuie dans ma décision de venir à l’Île.  Et ici j’apprends deux langues alors, c’est un avantage», dit la jeune femme. 

Ses deux collègues, Selma Osuna et Arturo Arias partagent ses raisons. «Je voulais aussi quelque chose de mieux pour moi et j’étudiais également les soins infirmiers au Mexique», a indiqué Selma Osuna.  Arturo, pour sa part, avait vécu au Canada, en Ontario, l’an dernier, et il voulait continuer à vivre ici pour continuer à apprendre deux langues.  «C’est tellement mieux.»

Lorsque ces jeunes Mexicains disent vouloir «quelque chose de mieux», ce n’est pas un vœu pieux.  Stephanie Lopez est catégorique.  «Le niveau d’étude est plus élevé ici qu’au Mexique alors c’est plus facile de trouver du travail avec un diplôme du Canada, d’autant plus qu’on pourra parler trois langues.»

Selma et Arturo sont, là encore, assez d’accord.  «Le Collège Acadie Î.-P.-É. est un bon collège, le niveau des études est mieux.  Et le métier est aussi mieux payé ici !» dit Selma en riant.  «On peut s’améliorer et être une meilleure personne.  En apprenant de nouvelles langues, on s’ouvre des portes et on provoque des opportunités de voyager et de rencontrer de nouvelles personnes», complète Arturo. 

Lorsqu’ils disent que la formation est plus poussée au Canada, ils ont en partie raison, mais ce n’est pas parce que la formation au Mexique est moins bonne.  Elle est simplement adaptée aux descriptions de tâches et à la réalité du marché du travail en vigueur dans les milieux hospitaliers au Mexique. 

«Par exemple, soutient Rodolpho, au Mexique, quand on a un baccalauréat en sciences infirmières, qui est requis pour travailler dans ce domaine, on est à peu près au niveau de compétence d’une infirmière auxiliaire au Canada.  Au Canada, vos infirmières auxiliaires ont plus de responsabilités que chez nous et elles sont formées en conséquence, d’où la différence de formation», a tenu à expliquer Rodolpho.  

Ce dernier est arrivé au Canada, au Québec, en 2000 et c’est là qu’il a appris le français.  Après quelques années, marié et père de famille, il recherchait un endroit où le rythme de vie serait moins frénétique et où ce serait agréable d’élever une famille.  Or, en 2002, sa femme était venue suivre un cours d’anglais intensif à UPEI et elle avait gardé de l’Île de très bons souvenirs.  La famille a donc déménagé ici en 2007. 

Rodolpho est très bien placé pour promouvoir le Canada et l’Île et pour aider des étudiants à bien s’intégrer. D’ailleurs, les trois étudiants aiment beaucoup la vie à l’Île-du-Prince-Édouard et aimeraient s’installer ici pour y vivre et y travailler, et pour poursuivre des études, selon les cas. 

Évidemment, comme ils sont arrivés en juin, ils ont encore une idée très vague de nos hivers canadiens, sauf pour Arturo, qui a vécu sept mois en Ontario. Et il est un excellent ambassadeur pour ses deux collègues : «J’aime tout!  Même l’hiver en Ontario n’était pas si mal», assure-t-il. 

Comme tous les jeunes de leur âge, Arturo et ses collègues sont très «branchés».  Ils communiquent de façon régulière avec leurs amis, leurs familles ainsi qu’avec leurs agents d’éducation, qui s’assurent du bon déroulement du projet. 

D’ailleurs, à la fin du mois d’août, des délégués des gran-des universités mexicaines ainsi que des agents en éducation vont venir en mission à l’Île pour rencontrer les principaux intervenants, visiter les installations, et confirmer éventuellement la poursuite du partenariat avec le Collège Acadie ainsi qu’avec le Collège Holland, qui s’est montré intéressé à l’initiative. 

«C’est nouveau pour le Collège Acadie Î.-P.-É. de recruter à l’international et on voit que ça peut être très productif.  En quelques mois seulement, nous avons réussi à recruter et à accueillir des étudiants mexicains qui sont maintenant ici en formation linguistique, inscrits à temps plein au programme de deux ans d’infirmier auxiliaire pour janvier, ce qui est assez incroyable», a déclaré Donald DesRoches, président du Collège Acadie Î.-P.-É.

Incroyable mais vrai et efficace en plus.  Les étudiants eux-mêmes, constatent leurs progrès en français.  «Quand je suis arrivée ici, je ne parlais pas français du tout alors quand l’enseignant me parlait, je ne comprenais rien.  Maintenant je peux comprendre et écrire, mais j’ai encore de la difficulté quand je parle la langue», soutient Stéphanie.  Selma a étudié le français trois ans au Mexique mais elle n’avait pas eu la chance de le pratiquer.  «Avec ma famille d’accueil je le parle au quotidien et ça m’aide beaucoup», dit-elle.  Ce qu’Arturo trouve le plus difficile, c’est la prononciation.  «Mais tu travailles et tu t’améliores étape par étape», avoue-t-il. 

«Il s’agit d’une première génération de Mexicains qui ont choisi le Collège. Je suis sûr que ces pionniers trilingues feront la fierté du collège et des employeurs. Nombre de ces futurs diplômés souhaitent devenir citoyens canadiens et insulaires. Ce projet accroitra le nombre de professionnels de la santé pouvant s’exprimer en français, la population d’expression française de la province et la diversité de notre communauté.  Un projet gagnant sur toute la ligne» de l’avis de Donald DesRoches. 

- Par Jacinthe Laforest et Sandrine Jouis

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