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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 16 avril 2014

Yvonne Charles, psychologue accréditée en France, a commencé à travailler à la Commission scolaire de langue française le 8 juin 2009.  «Il n’y avait jamais eu de service de psychologie à la CSLF.  J’ai tout monté.  J’ai appris à utiliser tous les outils de diagnostic et d’évaluation reconnus en Amérique du Nord et j’ai établi tous les protocoles d’évaluation, de suivi et de soutien.  Comme il n’y avait jamais eu de service de psychologie, il y avait du rattrapage à faire.  J’ai eu à évaluer des élèves de 12e année, des évaluations qui auraient dû être faites beaucoup plus tôt dans le cheminement scolaire».

Recevoir un diagnostic de troubles d’attention, d’hyperactivité ou d’apprentissage n’est jamais plaisant.  Par contre, les diagnostics sont précieux, car ils permettent aux jeunes d’avoir des ressources supplémentaires durant leur parcours scolaire de la maternelle à la 12e année et pour des études universitaires.   Certains ont plus de temps pour les examens, dans des salles privées, etc.  «J’ai posé six ou sept diagnostics à des élèves de 12e année, pour qu’ils puissent poursuivre leurs études, s’ils le voulaient», précise Yvonne Charles.  

L’importance du service de psychologie à la CSLF n’est pas à prouver.  Pourtant, il a été suspendu, pour des raisons administratives et pour se conformer à la Loi scolaire et aux critères de l’Ordre des psychologues de l’Île.  

Yvonne Charles veut évidemment, récupérer son travail, mais elle aura de la misère à accorder de nouveau sa confiance à la CSLF.  «Lorsqu’on m’a embauchée, on m’a garanti que je pourrais passer mes examens d’accréditation en français (d’autant que le poste n’exigeait pas de parler la langue anglaise : il était demandé d’être francophone ou bilingue).  On m’a garanti que je n’aurais pas de problème à faire reconnaître mes compétences, et on m’a aussi promis un emploi pour mon conjoint.  Avec toutes cespromesses, nous avons décidé de tout vendre ce que nous avions en France et de venir nous installer au Canada.  Nous aimons notre vie ici…». 

L’emploi pour le conjoint ne s’est jamais manifesté et c’est grâce à des recherches constantes qu’il a trouvé un travail permanent à mi-temps au bout de quatre ans.  Concernant l’examen, même si c’est vrai qu’il peut être fait en français, les quelque 12 livres qu’il faut étudier pour passer l’examen sont seulement en anglais.  «Pour moi, Française, n’ayant pas une culture bilingue, c’est mission impossible», dit Mme Charles.  

La psychologue a cherché partout, pour tenter de trouver ces livres en français.  Ils n’existent pas, même pas au Québec, car, au Québec, le système est différent.  Pour pratiquer la psychologie dans cette province, il faut obtenir un doctorat.  Ailleurs au Canada, il faut une maîtrise puis il faut passer l’examen d’accréditation communément appelé «EPPP».  Ce test compte 225 questions environ et est très difficile à réussir, même dans sa langue maternelle.  

Malgré les promesses qu’on lui avait faites et le fait qu’elle pratique son métier depuis cinq ans à l’Île, Yvonne Charles n’a jamais pu recevoir l’accréditation obligatoire pour être membre de l’Ordre des psychologues et avoir le droit de pratiquer.  

Pendant ses premières années à la CSLF, elle avait le soutien de son employeur.  Puis, la direction a changé.  «Dès l’arrivée de la nouvelle directrice, au printemps 2013,  j’ai établi le contact pour la rencontrer, car je voulais lui expliquer mon travail», dit Yvonne Charles.  

Cette rencontre a finalement eu lieu en janvier 2014 et c’est là qu’Yvonne Charles a reçu la nouvelle qu’elle ne pouvait plus pratiquer avant d’avoir passé le fameux examen.  

À la Commission scolaire de langue française, c’est le silence, car il s’agit d’une question de ressources humaines.    

Cependant, la Loi scolaire et l’Ordre des psychologues sont clairs en ce qui concerne les privilèges de pratiquer la psychologie à l’Île et dans les écoles.  Ce n’est pas une question de compétence, c’est une question de conformation aux règles établies. 

Des démarches sont en cours pour résoudre la situation, mais dans l’intervalle, Mme Charles est inquiète pour les élèves qu’elle suivait pour différentes raisons.  


Yvonne  Charles.  (Photo : Gracieuseté)

- Par Jacinthe Laforest -

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