FacebookTwitterRSS

 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 12 avril 2016

Passionnée par la construction identitaire chez les jeunes, Rachelle Gauthier y consacre son doctorat.

Après avoir dirigé l’école Saint-Augustin à Rustico pendant 12 ans, Rachelle Gauthier est retournée aux études, pour faire son doctorat.  «J’ai obtenu un congé de deux ans de la Commission scolaire de langue française, pour entreprendre ce projet.  Pour m’aider financièrement, j’ai appliqué pour avoir une subvention du Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH), et j’ai obtenu une subvention.  Cela m’aide beaucoup.  Puis, l’automne dernier, le CRSH a lancé un concours auquel tous ceux qui avaient reçu des fonds pouvaient participer.  J’ai décidé de participer et récemment, j’ai appris que je faisais partie des 25 finalistes retenus parmi tous les projets soumis» a raconté Rachelle Gauthier, très fière que son projet d’étude ait été jugé digne d’être retenu.

Pour le concours intitulé «J’ai une histoire à raconter», Rachelle a préparé une vidéo de trois minutes, dans laquelle elle raconte son histoire et où elle expose les raisons qui la motivent de poursuivre sa recherche sur ce qu’elle appelle «L’identité dans l’interstice».

À titre de finaliste, Rachelle Gauthier a reçu un montant de 3 000 $ et elle se rendra à Calgary à la fin du mois de mai pour le grand congrès national du CRSH où elle suivra des formations et où elle aura la chance de présenter son projet.  «J’ai bien hâte, car il y aura des centaines de personnes intéressées à la recherche sur les sciences humaines.  Quand on fait une recherche, on souhaite que ça serve à quelque chose, que ça fasse avancer les connaissances.  Et, d’après ce que je sais, jusqu’à présent du moins, mon sujet de recherche a été invisible aux yeux de la recherche scientifique.  Je veux changer cela», dit Rachelle Gauthier.  

Rachelle Gauthier est 100 % Acadienne, mais elle l’a appris relativement tard dans sa vie.   «Lorsque je grandissais, je pensais que les Acadiens étaient dans la région Évangéline et je n’en faisais pas partie.  En plus, on parlait seulement anglais à la maison.  Mes parents m’ont inscrit en immersion, à la première année du programme à Summerside.  Lorsque j’avais 12 ans environ, mon grand-père m’a lancé une phrase que je n’ai pas comprise tout de suite.  Il m’a dit “Never Forget Your French”.  Avec le recul, peut-être a-t-il dit “Never Forget You Are French” qui sonne presque pareil.  L’une ou l’autre, ça m’a pris des années avant de me considérer comme Acadienne et comme francophone.  C’est pour cela que je parle d’un espace entre deux identités que j’appelle l’interstice, que je veux aider à définir, à identifier et à documenter», dit la chercheuse.  

La recherche à proprement parler va commencer seulement dans quelques mois, vraisemblablement durant l’année scolaire 2016-2017.   «J’espère pouvoir rencontrer des élèves de nos écoles françaises, surtout du secondaire, mais aussi au début du parcours universitaire, pour les interroger sur leur perception de leur identité.  Je veux rencontrer ceux qui, comme moi, sont plus anglophones que francophones, et qui n’ont pas l’héritage linguistique francophone.  Il n’y a pas de recherche sur eux.  Ce que je propose de faire, ce n’est pas une étude statistique.  C’est une étude qualitative qui fera ressortir les perceptions, les histoires de ces jeunes, ce qui les influence, ce qui les fait rester, ou non, à l’école française.  Peut-être qu’ils ne savent même pas pourquoi ils sont à l’école française», s’interroge la chercheuse.  

La fille de Rachelle est en 2e année à l’école François-Buote.  «Elle pose des questions.  Elle sait que papa ne parle pas français et que maman parle français.  Elle différencie les accents.  Elle sait qu’elle est Acadienne.  Moi aussi je le sais maintenant.  Je suis Acadienne.  Je ne me demande plus si je suis à la bonne place.  Je suis où je peux contribuer le plus à l’avancement de la communauté.  Parfois, lorsque je rencontre des gens pour la première fois, et que je leur parle en français, j’ai l’impression que ce qu’ils entendent, c’est mon accent anglais, et ça me déstabilise, mais il fait partie de qui je suis».

Rachelle Gauthier espère qu’à plus ou moins long terme des recherches comme la sienne vont aider des dirigeants scolaires à mieux accompagner des élèves qui se sentent un peu en touristes à l’école française.  

Avant de commencer sa recherche proprement dite, Rachelle Gauthier doit franchir deux étapes importantes : soutenir son projet d’étude devant un public et un jury afin que le sujet soit approuvé et se présenter aussi devant un comité de déontologie, afin que la méthodologie soit acceptée.  «Cette étape est nécessaire parce que je fais mon étude sur des personnes.  Il faut que mes méthodes soient approuvées», conclut Rachelle Gauthier.  

Afin de participer au concours «J’ai une histoire à raconter», Rachelle Gauthier a produit une vidéo de 3 minutes pour raconter et illustrer son parcours.  Certaines images évoquent son héritage acadien, d’autres rappellent son grand-père, etc.  La vidéo peut être visionner au www.youtube.com/watch?v=zCGcyHKYYF8&index=6&list=PLww1dvjSoO4MtngyjTfZQRJC2AAfaiFrD.


- Par Jacinthe Laforest

L'Île-du-Prince-Édouard en images