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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 4 décembre 2015
La pédagogie inversée ou «Flipped classroom en anglais»,  est une pratique reconnue à travers le monde en pédagogie.  L’enseignement magistral (un enseignant parle devant des élèves alors que très peu l’écoutent) a été pendant des siècles, une pratique universelle en salle de classe principalement au secondaire et à l’université.

En rafale, plusieurs écoles de pensée le remettent en question depuis le début du vingtième siècle : Freinet, en France, l’humanisme de Carl Rogers, La différenciation pédagogique de Philippe Perrenoud, le Belge, le socioconstructivisme du Russe Lev Vygotsky, le constructivisme de Jean Piaget aux États-Unis, etc.

La pédagogie inversée permet à l’apprenant d’avoir accès au cours magistral ou à certaines de ses parties données en classe en tout temps. Elle modifie ainsi les rôles et les responsabilités de l’enseignant et de l’apprenant. La connaissance déjà acquise avant le cours ouvre la porte à la consolidation et l’enrichissement des apprentissages.

Selon Chantal Teasdale 65% de la population privilégie l’entrée visuelle pour traiter l’information, 30% l’entrée auditive, 5% l’entrée kinesthésique. La différenciation de l’enseignement et de l’apprentissage deviennent incontournable justement à cause des différences chez l’humain.  

C’est quoi la pédagogie inversée

À mon avis, chaque enseignant devrait permettre à ses élèves d’explorer à l’extérieur de la classe et en tout temps, toute information présentée en classe. Précédemment, seuls les livres étaient disponibles. Dans ce contexte, tout ce que l’enseignant dit et n’a pas eu le temps de dire ou de présenter est desormais disponible.

Ainsi, dans l’univers de la classe inversée, l’enseignant réalise des vidéos de ses cours magistraux offerts en salle de classe. Ce ne sont pas des copies des vidéos en ligne. C’est bel et bien l’enseignant de l’élève qui parle dans le produit audiovisuel.

L’élève commence ainsi à construire ses connaissances sur le sujet à la maison ou consolide les connaissances acquises en classe dans les espaces de sa vie (sport, musique, loisirs). La classe devient pour certains, un lieu de consolidation ou d’enrichissement des connaissances. L’élève qui a toujours voulu jouer au petit savant en classe est bien desservi.

La pédagogie inversée n’est évidemment pas nécessaire pour quelques élèves. Toutefois, même pour les meilleurs élèves, un tel outil est essentiel si l’apprenant a été malade et n’a pas pu fréquenter l’école ou tout simplement lors des absences pour des voyages sportifs ou en famille. Sans oublier la multitude d’élèves qui sont souvent présents physiquement en classe, mais mentalement ailleurs.

Cette pratique libère un temps d’enseignement qui peut être utilisé pour des travaux pratiques, de la manipulation, des débats etc.  La différenciation de l’enseignement devient possible dans le contexte duquel existe, une pratique de la pédagogie inversée. Les élèves doués peuvent par exemple aider l’enseignant dans l’accompagnement des élèves en situation d’apprentissage, parcequ’ils réussissent le test diagnostique au début de l’unité du fait qu’ils font usage ou non, des vidéos de l’enseignant.

Cet article est une occasion pour moi de présenter une pratique exemplaire d’une collègue de l’école François-Buote dans ce domaine de la pédagogie inversée.

J’œuvre en orthopédagogue au primaire et au secondaire dans le domaine de la littératie et la numératie depuis plusieurs années dans la francophonie canadienne, il faut constamment innover.  De telles pratiques innovatrices permettent de minimiser les contraintes liées à la langue dans les milieux minoritaires et libèrent des places dans le domaine de l’adaptation scolaire pour permettre à ceux et celles qui en ont réellement besoin de s’en prémunir.

Plusieurs élèves observent une amélioration de leur performance en faisant usage de stratégies similaires pour réviser ce qu’ils ont moins compris en classe. Quelques-uns en font une pratique routinière motivés par l’amélioration de leurs performances pour redorer leur image de soi aupr`s des parents ou des pairs. Ils prennent conséquemment l’habitude de regarder la vidéo du cours avant de le vivre en classe (un pré-enseignement autonome).

Évidemment les parents sont très contents du succès de leur enfant en mathématique et là aussi le climat familial s’améliore spécialement si cette matière avait représenté un défi pour le père ou la mère (faire mieux que papa ou maman, le fameux rêve des adolescents et adolescentes).  La réputation de la matière n’est plus à faire. Plusieurs élèves ont toujours cru que la mathématique est est une matière  difficile. Juste la présence d’un tel outil aura un impact considérable sur le climat de la classe et la relation entre l’enseignante et ses élèves.

Pour les élèves et les parents de la classe de madame Karen LeBlanc de l’école Fran¸ois-Buote que nous avons consultés, les vidéos de leur enseignante leur permettent réellement, de mieux faire leurs devoirs car les parents en général possèdent peu de connaissances  dans les mathématique du secondaire et ne peuvent vraiment pas les aider à cause de la complexité de la matière.

La classe inversée ou « Flipped Classroom en anglais »  autonomise l’apprenant car rien ne clarifie davantage les idées que le fait d’avoir à les explique aux autres.  Eric Mazur. Pour cet auteur, les enseignants devraient se servir des nouvelles technologies pour présenter les connaissances et les rendre disponibles en tout temps en ligne. Il faut selon lui, miser sur l’interaction et la coopération entre les apprenants qui enrichissent les connaissances.

L’Allemand Dr Falko Peschel (2006) est la référence allemande de cette approche pédagogique que l’on dénomme dans le pays d’Angela Merkel la redoutable Chancelière : « Offener Unterricht ». l’approche obéirait à des principes bien établis :

  • le projet d’enseignement;

  • des travaux pratiques;

  • des objectifs de travail hebdomadaire;

  • Et l’organisation de son temps de travail.

La pédagogie inversée est une pratique qui utilise les mêmes stratégies que celles des cours en ligne sur des plateformes qui supportent la vidéo.

L’élève devient le maître de ses apprentissage. Dans cet apprentissage autonome, les attentes de l’enseignante lors de la construction de ces outils audiovisuel, diffèrent souvent du but que se donne l’apprenant qui en fait usage.

Le produit de la pédagogie renversé n’est plus comme dans le temps, un enregistrement du cours magistral présenté en classe me disait Karen LeBlanc.

Une mise à jour dans cette approche est devenue primordiale car elle est en  compétition avec plusieurs produits en ligne et des jeux vidéo dont l’ergonomie et l’immersion et la troisième dimension de certains jeux vidéo par exemple renforcent l’intérêt de celui qui en fait usage.

Pour cette pédagogie inversée, l’enseignante désormais, choisit des éléments du cours qui seront dans les vidéos en tenant compte de son profil de classe. Elle peut ajouter des questions de réflexion ou des quiz.

Ce sont alors de courtes vidéos qui présentent surtout des connaissances procédurales : le comment, d’une équation ou une connaissance mathématique.

Quant aux autres connaissances : déclarativess (quoi), conditionnelles (pourquoi), pragmatique (quand) elle s’en sert de temps à autres.

La nouvelle pédagogie inversée, devrait  à mon humble avis, être implantée dans tous les cours.

Si chaque classe était équipée d’un matériel audiovisuel, cette action se ferait automatiquement dans chaque classe au primaire et au secondaire.

Comment trouver le produit de cette enseignante exemplaire : Dans Youtube cherchez : Karen LeBlanc Mathématiques et vous trouverez plusieurs de ses vidéos.

Voici une pratique exemplaire à ancrer dans le système scolaire des écoles de la francophonie canadienne et mondiale.

Référence :
Dr Falko Peschel, 2002,  Offener Unterricht in Theorie und Praxis, http://www.kphvie.ac.at, (consulté le 26 novembre 2015)
Eric Mazur. Transforming our learning expérience (2014) http://www.queensu.ca/ (consulté le 26 novembre 2006)  

- Par Marie-Jacquard Handy Ph.D

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