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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 17 juin 2015


Antonine Maillet raconte souvent le conte des deux grenouilles qui, en explorant le monde, se sont retrouvées captives dans un seau de crème encore tiède.  Les grenouilles, évidemment, savent nager, mais de la crème, ce n’est pas l’eau d’un étang et en plus, on n’y trouve pas d’insectes à grignoter pour refaire ses forces.  

Donc, une des deux grenouilles, découragée par la situation, a décidé de se laisser couler.  L’autre grenouille aurait pu faire pareil, mais elle a plutôt décidé de mettre en pratique la devise du peuple acadien «Courage et Persévérance» et de se débattre aussi longtemps qu’elle en aurait la force.  

«Elle s’est finalement réveillée sur une motte de beurre et elle a eu la vie sauve.  Je raconte souvent cette histoire, car pour moi, c’est l’histoire de l’Acadie, qui a été construite par ceux et celles qui n’ont pas abandonné, qui se sont débattus, et qui n’abandonneront pas à l’avenir non plus», a lancé Antonine Maillet, présidente d’honneur de l’édition 2015 du Salon du livre de l’Île-du-Prince-Édouard, le 4 juin à Charlottetown.

L’Acadie est partout

Antonine Maillet s’est présentée au micro vêtue d’un ensemble gris, sobre, avec des perles au cou.  Il fallait vraiment être attentif pour remarquer les autres petits points disposés en constellation sous son épaule gauche.  

«Vous savez, je ne suis pas un officier de la marine ou un ancien général de l’armée soviétique avec ses médailles.  Si je porte ces décorations, c’est pour montrer que maintenant, l’Acadie est partout.  Nous sommes au Canada (l’Ordre du Canada), en France (la Légion d’honneur de la France), au Québec et aussi en Acadie.  Nous sommes là, avec tous les autres.»

Antonine Maillet est écrivaine, mais selon elle, elle n’écrit pas : elle raconte.  Elle suggère que sans tous ceux et celles qui ont raconté l’Histoire depuis la nuit des temps, qui ont transmis les connaissances, sans les faiseurs de livres et les transmetteurs de culture et de mémoire,  l’humanité n’aurait jamais sur-vécu jusqu’à nos jours, et n’aurait peut-être même pas triomphé jusqu’à l’arrivée de la baratte à beurre.  

Antonine Maillet croit cependant que bien des gens se retiennent de raconter et d’écrire, croyant, à tort, évidemment, que leurs écrits n’ont pas assez de valeur.  «Vous savez, il y en a toujours qui sont supérieurs aux autres, comme Homère.  Comment oser écrire après Homère?  Mais Homère était un homme (pas une femme) et il n’était pas en Acadie.  Qui va conter le monde vu par nos yeux?  C’est pour cela qu’il faut écrire et raconter.»

Pour Antonine Maillet, le plus important au monde, ce n’est pas de construire des routes ni des gratte-ciels, c’est de «transmettre la mémoire de l’humanité» et toujours selon ses dires, c’est sur cette action, que nous aurons des comptes à rendre, lors-qu’arrivera le temps de rendre des comptes.  

Antonine Maillet estime que tous les personnages qui naissent par sa plume existent déjà, dans les limbes.  «Pour les droits d’auteurs, c’est un vrai casse-tête», a-t-elle dit en souriant.  

En tant que présidente d’honneur du Salon du livre, Antonine Maillet s’est dite impressionnée par l’intérêt authentique qu’on semblait porter aux livres et aux efforts pour mettre les jeunes lecteurs et les moins jeunes, en relation avec ces livres.

- Par Jacinthe Laforest

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