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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 27 mai 2016


Bien qu’ils soient tous liés par un fil conducteur folk rock, les différents morceaux de la discographie de Joseph Edgar ne forment pas un casse-tête, mais plutôt une immense murale qui aurait pu être peinte autant sur un mur du centre-ville de Moncton que sur un des phares qui illuminent la côte Est.  À vrai dire, cela se transpose même sur le gazebo qui avait comme lieu clé Montréal, en 2014.

Deux ans plus tard, cette murale cède sa place à une encyclopédie musicale sur Ricochets, son cinquième album studio.  Plutôt que de s’inscrire dans l’espace et le temps, Joseph Edgar préfère se retourner vers lui-même, à la première personne.  «Je n’me laisserai pas tomber dans vos histoires sales,» chante-t-il sur Appel général, le titre qui sert d’introduction à Ricochets.  Sous fond d’urgence, cette chanson donne le ton à une œuvre ambitieuse au niveau musical qui évoque les beaux jours de Zéro Degré Celsius, l’ancien groupe de l’auteur-compositeur.

Les meilleurs ricochets sont toutefois ceux qui rebondissent à l’extérieur de la zone de confort de Joseph Edgar.  Sur Lights Out, il troque sa livraison distinctive et sa guitare acoustique, pour un phrasé poétique et lyrique, soutenu par des notes de piano.  À partir de ce moment, on saisit l’importance de ce virage écrit, où Joseph Edgar tient les conversations, plutôt que de les décrire.  Cela donne un tout autre sens à sa démarche, tant il cède le rôle de documentariste pour celui d’acteur.

Tel un point d’orgue au disque, tout ce que j’ai pu dire réconcilie son sens de la pop à une recherche musicale accompagnée d’un sitar.  Joseph Edgar livre même une efficace toune de route résolument rock; Overdrive Voodoo ressort du lot avec ses guitares saturées.

Chasser le naturel, il revient au galop; Joseph Edgar se réinvente, sans avoir à se dénaturer.  «Jo, Jane et Jim» est une suite logique aux nombreuses ballades romantiques fictives qui habitent au sein de sa discographie.

Les référents régionaux insérés au long de Ricochet bénéficient d’une plus grande subtilité, favorisant ainsi l’universalité du propos; «Dormez, les enfants» offre un échantillon de CJSE, une radio communautaire du sud-est du Nouveau-Brunswick, rappelant aux auditeurs l’importance d’être conscient de son identité culturelle.  Deux autres clins d’œil à sa province d’origine ressortent du lot sur Horizon, c’est-à-dire la voix de Lisa LeBlanc et un emprunt au Poète Gérald LeBlanc: «La côte chez nous a couleur de sang».

Il serait injuste que d’attribuer l’accessibilité et la maturité atteinte par Joseph Edgar sur Ricochets uniquement à la présence du réalisateur Andre Papanicolaou.  Si celui-ci précise la ligne directrice empruntée au long de ces rebonds, le disque témoigne d’un véritable désir de l’auteur-compositeur de pousser sa démarche créatrice à un tout autre niveau.

Inutile de parler d’exploit, tant Ricochets est une étape logique, mais toutefois très introspective, dans la carrière de Joseph Edgar.  À ce sujet, le ricochet est plutôt un boomerang qu’il a lancé il y a plus de dix ans, et qu’il attrape de nouveau.
- Par Jean-Étienne Sheehy (Francopresse)

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