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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 19 février 2014

De gauche à droite, Brad Woodside, maire de Frédéricton (N.-B.), Margaret Tusz-King, conseillère municipale de Sackville (N.-B.), Colette Roy Laroche, mairesse de Lac-Mégantic (Qc), Brian Pincott, conseiller, municipal de Calgary (Alb.) et l’animateur Pascal Raiche-Nogue (N.B.).  

L’accident aurait très bien pu être imaginé par un scénariste de Block Buster à Hollywood : un train fou sans conducteur et sans freins chargé de produits hautement inflammables déraille en pleine nuit dans une petite ville de 6 500 habitants.  

S’ensuit des explosions, des morts, des recherches de survivants, des enquêtes pour trouver les coupables et plus tard, beaucoup plus tard, le retour à la vie plus ou moins normale dans la petite ville, amoindrie de 47 habitants. 

Malheureusement, ce scénario d’accident «parfait» ne doit rien à la plume débridée d’un auteur de film catastrophe.  À Lac Mégantic, c’est la réalité.  

La mairesse de la municipalité québécoise, Colette Roy Laroche, était de passage à Charlottetown la semaine dernière pour participer à la Conférence sur les collectivités durables de la Fédération canadienne des municipalités.  

Dans le cadre d’une table ronde sur la résilience des collectivités touchées par des catastrophes, elle a expliqué comment sa ville se relève de l’accident qui a fait la manchette dans le monde entier.  

«Je n’étais pas préparée à faire face à un événement d’une telle magnitude.  À Lac Mégantic, la vie est calme.  Nous n’avions jamais eu d’événements pour attirer des médias en grand nombre», a expliqué, en français, la mairesse devant un public muni d’écouteurs pour l’interprétation. 

«Le matin du 6 juillet, les médias nationaux diffusaient déjà les images d’horreur puis les médias internationaux sont arrivés.  Je dois dire que je n’ai pas perdu de temps à regretter mon manque de préparation.  Il fallait agir, communiquer avec le public, gérer les évacuations et assurer la sécurité des citoyens.»

Colette Roy-Laroche n’a pas fait tout cela toute seule.  Elle était entourée des experts des agences sur l’environnement, la sécurité du public, les mesures d’urgence, et elle avoue qu’elle s’est sentie bien appuyée.  «Mon rôle comme mairesse a été de communiquer des informations claires et précises à nos citoyens, afin qu’ils sachent à quoi s’en tenir», a-t-elle indiqué.

La tragédie a eu lieu il y a un peu plus de six mois et la poussière est loin d’être complètement retombée.  «Nous avons perdu 47 personnes.  Cinq d’entre elles étaient tellement calcinées qu’elles n’ont pas pu être formellement identifiées.  Leurs proches ont récupéré des cendres sans être certains d’avoir les cendres de leur parent défunt», a expliqué Mme Roy Laroche, au cours d’une conversation exclusive avec La Voix acadienne.  

Le centre-ville de Lac Mégantic a été dévasté et sera changé à jamais.  Les opérations de nettoyage et de décontamination vont se poursuivre durant toute l’année 2014 et ce n’est qu’en 2015 que la reconstruction pourra commencer.  

Une partie du pétrole qui s’est répandue à Lac Mégantic a brûlé.  Une autre partie s’est infiltrée dans le sol.  «Dans le sous-sol de Lac Mégantic, il y a une couche d’argile très dense.  Le pétrole a pénétré dans le sol jusqu’à cette couche de glaise puis au lieu d’aller en profondeur, il s’est étalé.  Les travaux de décontamination seront gigantesques», a soutenu la mairesse.  

«Pour notre nouveau centre-ville, nous voulons prendre les bonnes décisions.  Déjà, nous savons que ce sera différent, car deux de nos commerces majeurs qui étaient situés au centre-ville ont décidé de reconstruire en périphérie.  Ils ne seront plus dans le centre-ville», a dit la mairesse.

Le chemin de fer est encore très présent à Lac Mégantic.  «Notre ville s’est construite autour du chemin de fer et il y a plus qu’une voie.  Jusqu’à présent, nos ennuis avec le chemin de fer se limitaient aux trains qui bloquaient le trafic aux heures de pointe».

Colette Roy Laroche est mairesse de Lac Mégantic depuis 2002.  «Lorsque je suis arrivée en fonction, et que nous devions préparer des plans d’urgence pour des situations qui n’arriveraient jamais, j’avais demandé à mon directeur général d’alors quelle serait, selon lui, la catastrophe qui était la plus susceptible d’arriver chez nous.  Il m’avait répondu que c’était un déraillement de train».

La mairesse avoue qu’elle n’avait pas compris cette crainte, d’autant plus que les trains au centre-ville allaient à 30 km à l’heure.  Au fil des années cependant, le nombre de trains a augmenté et les cargaisons de produits dangereux se sont multipliées.  

Selon des membres de l’entourage de Mme Colette Roy Laroche, de toutes les substances qui transitent par Lac Mégantic, le pétrole était la moins mauvaise.  


Colette Roy Laroche, mairesse de Lac-Mégantic.

- Par Jacinthe Laforest -

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