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Le 24 octobre 2018
Le cannabis est aujourd’hui légal à travers le Canada depuis une semaine, mais le sujet est loin d’être épuisé.  Comme lors de tout changement sociétal majeur, plusieurs inquiétudes demeurent, qui ne pourront être élucidées qu’avec le temps.  La Voix acadienne fait le point sur les changements à prévoir. 

Au Collège de l’Île, les étudiants apprennent depuis longtemps quels sont les effets du cannabis à court et à long terme, les problèmes que la consommation peut entraîner, mais aussi les bénéfices potentiels.  «Le but, ça n’est pas de faire la morale, mais d’établir les faits.  Les jeunes utilisaient déjà cette drogue avant qu’elle soit légale, l’important c’est de les informer», estime l’enseignant du programme de Travailleur jeunesse au Collège de l’Île, Maurice Hashie, en notant toutefois que le cannabis demeure illégal pour les moins de 19 ans. 

La nouvelle bête noire au volant

L’une des grandes appréhensions concerne les accidents de la route liés au cannabis.  «Chaque personne réagit différemment au cannabis, et c’est difficile de savoir après combien de temps les effets vont apparaître.  Si quelqu’un consomme, puis prend le volant en pensant qu’il est correct, il peut être surpris même quelques minutes plus tard.  En particulier lorsque les produits comestibles seront disponibles, c’est ma plus grande inquiétude», affirme M. Hashie.   

Les dérivés comestibles, biscuits, bonbons ou autres ne sont pas disponibles pour le moment, au même titre que les concentrés comme le haschich.  Le gouvernement fédéral a promis de statuer à leur sujet dans les 12 mois suivant la légalisation, soit d’ici le 17 octobre 2019. 

Au service de police de Summerside, on se dit également inquiet au sujet de la consommation au volant.  Le seul outil actuellement disponible sur le marché pour la détection de drogues est le Dräger DrugTest 5000, un appareil qui analyse les échantillons de salive afin de déterminer la présence ou non de THC chez le conducteur.  «Nous ne savons toujours pas si on en recevra un.  Ils coûtent plusieurs milliers de dollars.  On s’est seulement fait dire qu’il y en aura trois au total sur l’Île», affirme le chef de police de Summerside, David Poirier. 

Des experts en reconnaissance de drogues (ERD) ont été spécialement formés, et les policiers pourront faire appel à ceux-ci en cas de soupçon.  Autrement, ils se serviront des Tests normalisés de sobriété appliqués sur place (TNSAP).  «Nous avons déjà accusé des gens dans les derniers mois pour conduite avec capacités affaiblies par la drogue.  C’est déjà dans les procédures, et nous sommes prêts, si jamais le nombre de délits augmentait», assure David Poirier. 

Briser le tabou

La légalisation du cannabis ne signifie pas pour autant son acceptation au sein de la société.  Les appareils photo seront notamment interdits dans les points de vente de cannabis à l’Î.-P.-É., pour assurer aux clients que leur visite soit confidentielle. 

La discussion demeure cependant une étape importante pour encadrer la consommation chez les adolescents, d’après Maurice Hashie.  «J’encourage les parents à faire des recherches, à présenter des faits à leurs jeunes.  Le mieux qu’on puisse faire, c’est guider, et surtout être à l’écoute, garder les yeux et les oreilles ouverts», estime-t-il. 

C’est aussi la direction qu’a choisie le président du Collège de l’Île, Donald DesRoches, en mettant sur pied l’automne dernier une consultation pour tâter le pouls chez les étudiants.  «On remarque que certains sont très ouverts à la question, alors que d’autres sont plus inquiets.  On a aussi formé un petit comité de suivi pour discuter des enjeux», explique le président.  Celui-ci affirme que le Collège a été très proactif dans l’adaptation des politiques, qui interdisent évidemment la consommation sur le campus.  «Ça risque d’être plus difficile à contrôler quand les produits comestibles seront sur le marché, puisqu’ils sont souvent indétectables», prévoit-il. 

«Le changement, c’est vraiment le fait que ça soit légal, parce que c’était déjà disponible.  Ceux qui n’ont jamais consommé par manque d’accessibilité ou par crainte des représailles, peut-être le feront-ils désormais, mais c’est un faible pourcentage», évalue Donald Desroches.  Quant à la possibilité que le cannabis soit une porte d’entrée pour des drogues plus dures, Maurice Hashie la compare à celle de l’alcool.  «Plus on prend une substance addictive, plus on en a besoin pour ressentir les effets, c’est la même chose pour la bière.  Le corps s’accoutume.  Par contre, au niveau du cannabis, la dépendance possible est plus psychologique que physique», note-t-il. 

Une vingtaine de personnes faisaient la file à l’ouverture de la succursale de cannabis de Summerside, la semaine dernière.  «Mais quand le A & W a ouvert, les gens ont aussi fait la file», rappelle Maurice Hashie.  L’effet de nouveauté s’estompera possiblement, et seulement alors, on pourra constater si oui ou non la légalisation du cannabis changera quelque chose. 


Plusieurs personnes ont bravé le froid matinal, mercredi dernier, pour être parmi les premiers clients.  (Photo : Ericka Muzzo)

- Par Ericka Muzzo

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