FacebookTwitterRSS

 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 18 octobre 2018


L’ambiance était à la fête au centre communautaire Murphy, le 11 octobre dernier, alors qu’a eu lieu une cérémonie spéciale de citoyenneté soulignant la Semaine de la citoyenneté.  Des familles et habitants des quatre coins de l’Île ont agité leur drapeau canadien, au son de leur nouvel hymne national. 

Pour plusieurs résidents, c’est le dénouement d’une longue épopée.  «J’ai commencé à partir de rien, je me suis construite, illustre Fatima Zahra Zouhairi, désormais fière citoyenne canadienne.  Je n’ai pas eu une immigration facile, j’ai pleuré et j’ai eu froid comme tout le monde.  Mais j’ai travaillé très fort, et c’est la chose la plus importante», affirme-t-elle. 

Mme Zouhairi enseigne à l’école La-Belle-Cloche.  Difficile, cette journée-là, de manquer ses jeunes élèves, assis au fond de la salle, pressés de pouvoir féliciter leur professeure.  Celle-ci a été nommée en dernier, usant jusqu’à la dernière goutte la patience des enfants agités.  «Maintenant qu’ils ont vu comment ça se passe, on aura plein d’exemples pour parler de la citoyenneté canadienne en classe.  Les cultures, les langues, les habits différents...  J’ai accumulé du matériel pour deux ou trois mois en une matinée!» s’est réjoui l’enseignante. 

Parmi les 200 nouveaux Canadiens se trouvait également une famille francophone déjà bien intégrée dans sa communauté : celle de Pierre El Hajjar, chef au Carrefour de l’Isle-Saint-Jean et nommé Champion de la diversité 2017.  «On est très fiers, pour nous et nos enfants», ont affirmé Pierre et sa femme Rita.  Déjà très impliqués, ils se réjouissent de pouvoir enfin aller voter, un droit qu’ils ne manqueront pas d’exercer dès le 5 novembre prochain!

Outre les drapeaux, certificats et branches de sapin reçus, un énorme bagage accompagne une telle cérémonie.  Pour devenir citoyen, un immigrant doit prévoir environ 6 ou 7 ans, en respectant plusieurs contraintes de temps passé sur le territoire canadien. 

«Il y a encore des inégalités entre les immigrants anglophones et francophones.  Ces derniers doivent souvent payer plus de frais, aller plus loin pour avoir des services, illustre Yoan Rousseau, coordonnateur au recrutement et à l’accueil des immigrants francophones temporaires à l’Î.-P-É.  Par contre, ça va dans le bon sens, la situation s’améliore». 

Le but premier de l’organisme où œuvre M. Rousseau, la Coopérative d’intégration francophone (CIF), est d’accroître le nombre d’immigrants dont le français est la première langue.  «On n’a pas l’impression de réussir pour le moment, déplore-t-il.  On visait un minimum de 4 %, voire 6 %, mais c’est plutôt en baisse». 

L’organisme espère que le Plan d’action sur les langues officielles portera ses fruits.  Le gouvernement semble prêt à soutenir réellement les organismes francophones, mais encore faut-il que les bottines suivent les babines.

«On va investir, et on espère que les gens des communautés francophiles participeront activement aux programmes, qu’ils les mèneront à bien.  C’est vraiment l’énergie et les idées des habitants qui mènent au succès, et le gouvernement sera là pour soutenir les initiatives citoyennes», affirme Sean Casey, secrétaire parlementaire du ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne et député de Charlottetown qui a accueilli les nouveaux citoyens lors de la cérémonie. 

M. Casey a rappelé qu’«il y a un an, une grande réunion avec tous les ministres d’immigration a eu lieu à Moncton» et que «quelques mesures spécifiques ont été incluses dans le Plan d’action sur les langues officielles pour améliorer le taux d’immigration des francophones». 


Fatima Zahra Zouhairi, alias Mme Fatima pour les élèves, signe le formulaire de serment de citoyenneté après avoir reçu son certificat.


La famille de Pierre El Hajjar est très heureuse d’avoir enfin la citoyenneté canadienne, après 6 ans d’attente.


Les nouveaux citoyens ont agité leurs drapeaux au son des cris de joie de leurs proches, venus souligner cette étape importante.  (Photos : Ericka Muzzo)


- Par Ericka Muzzo

L'Île-du-Prince-Édouard en images