FacebookTwitterRSS

 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 5 avril 2016

Le premier ministre Wade MacLauchlan, aussi ministre de la Justice de l’Île-du-Prince-Édouard, est entouré de Robert Henderson, ministre de la Santé et du MIeux-être, et de Paula Biggar, ministre responsable de la condition féminine dans la province.  

Le gouvernement de Wade MacLauchlan a pris tout le monde par surprise, du moins, en apparence, en annonçant jeudi dernier qu’il allait, non seulement permettre l’avortement, mais en plus, mettre sur pied un centre de santé reproductive et de fertilité pour les femmes.  

Le 5 janvier 2016, le groupe Abortion Access Now PEI inc., alors nouvellement formé, a intenté un recours en justice pour forcer le gouvernement à respecter le droit des femmes à l’avortement.  Ce droit, pourtant confirmé par la Cour suprême du Canada, était refusé aux citoyennes de l’Île-du-Prince-Édouard alors que partout ailleurs au pays, le droit était respecté.  

«Selon nos avocats, il est fort probable que nos politiques qui proscrivent l’exécution d’avortements médicaux ou chirurgicaux dans la province sont en violation de la Charte canadienne des droits et libertés.  Dans un contexte où les chances de gagner en cours sont minces, le gouvernement a décidé que l’approche la plus responsable serait de réviser ses politiques plutôt que de se lancer dans une bataille juridique longue et coûteuse», a indiqué le premier ministre Wade MacLauchlan, qui est aussi ministre de la Justice.  

En faisant cette annonce, le premier ministre s’est dit conscient que «les Prince-Édouardiens, ainsi que les députés élus, ont des opinions personnelles bien arrêtées sur cette question.  Cependant, ces opinions ne devraient pas empêcher la province ni le gouvernement de respecter le droit des femmes, et de fournir un service sécuritaire, professionnel et sans discrimination».  

L’agence Santé Î.-P.-É. a reçu le mandat de planifier la création du tout nouveau centre de santé reproductive pour les femmes.  En plus d’exécuter des avortements médicaux et chirurgicaux, le centre offrira aussi un encadrement en fertilité, un accompagnement pré et post natal et des services d’appui aux mères souffrant de dépression postpartum après la naissance de leur enfant.  

La présidente de l’organisme provincial Actions Femmes, Nathalie Malo, se réjouit de cette décision du gouvernement provincial.  «C’est drôle parce que nous avions une réunion le soir de cette journée et nous en avons discuté.  Cela a toujours été un dossier sensible au sein de notre conseil, mais j’étais heureuse de voir que toutes les femmes à la réunion semblaient contentes de cette nouvelle.  Nous, à Actions Femmes, avons toujours dit que nous appuyions les femmes, peu importe la décision qu’elles prennent», a indiqué Nathalie Malo.  

Bien qu’elle se réjouisse de la décision, Nathalie Malo sent que la partie n’est pas nécessairement gagnée.  «Cela va prendre du temps avant que les préjugés et les jugements de valeur disparaissent de nos vies sur cette question.  Les femmes qui vont passer la porte de ce centre vont-elles se faire lancer des pierres?  Les médecins qui refusaient leur soutien vont-ils tout à coup devenir pleins d’empathie?  J’espère que les femmes n’auront pas à subir de discrimination pour une décision déjà assez difficile», ajoute Nathalie Malo.  

Un avortement, rappelle Nathalie Malo, ce n’est pas un moyen de contraception, mais il est souvent le résultat d’une contraception déficiente.  Un centre où le personnel aide les jeunes et les moins jeunes femmes à faire de meilleurs choix contraceptifs pourrait même réduire la fréquence des avortements.  

Le centre de santé reproductive sera développé dans un milieu hospitalier.  Le ministre de la Santé et du Mieux-être, Robert Henderson, croit que la cohabitation de plusieurs services et soins reliés à la santé reproductive des femmes est la meilleure façon d’utiliser les ressources en santé.  

Selon la ministre responsable de la condition féminine à l’Île, Paula Biggar, le gouvernement a écouté avec respect toutes les opinions exprimées pour et contre le droit à l’avortement.  «Nous devons réviser nos politiques publiques pour qu’elles soient conformes aux droits acquis.   La décision que nous annonçons aujourd’hui signifie que les femmes seront traitées avec respect et qu’elles recevront les soins auxquels elles ont droit», a ajouté la ministre.  

Durant la campagne électorale du printemps 2015, le Parti vert de l’Île-du-Prince-Édouard préconisait la mise sur pied d’un centre de santé reproductive pour les femmes, et le plein accès à l’avortement.  

Élu à l’Assemblée législative le 4 mai dernier, le chef du Parti vert, Peter Bevan Baker, s’est dit soulagé que ce dossier ait finalement été résolu.  «Les femmes n’auront plus à surmonter des obstacles pour avoir accès à l’avortement.  De plus, toute cette discussion autour de la question de l’avortement a fait resurgir les autres besoins des femmes en matière de santé reproductive», a indiqué le chef du Parti vert.  

Peu de temps après l’annonce du premier ministre Wade MacLauchlan, le premier ministre Justin Trudeau a diffusé un message de félicitation sur son fil Twitter : «Le libre-choix des femmes est fondamental au Canada.  Nous saluons l’annonce du premier ministre MacLauchlan de l’Î.-P.-É.»

Rappelons que lors de la campagne électorale provinciale, Justin Trudeau, alors chef du parti libéral du Canada, était venu «appuyer» M. MacLauchlan dans sa campagne.  Comme M. Trudeau avait établi peu de temps auparavant que son parti serait pro-choix, la question de l’avortement s’était invitée dans la campagne provinciale comme une grossesse non planifiée.

 
Le premier ministre a été interrogé par tous les médias présents à l’annonce de la création d’un centre de soins de santé reproductive pour les femmes.  (Photos : Brian Simpson)

- Par Jacinthe Laforest

L'Île-du-Prince-Édouard en images