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Le 17 février 2016
La Coopérative des pêcheurs l’Acadienne n’est plus propriétaire de son usine de transformation.  Une compagnie nouvellement formée et incorporée à l’Île, «Acadian Supreme Inc.», s’est portée acquéreur de l’usine et des équipements.  La vente a été finalisée à la fin du mois de janvier.  La compagnie Acadian Supreme existe pour ainsi dire seulement sur papier, car l’offre d’achat a été faite par la compagnie d’exportation des produits de la mer, Whitecap International Seafood Exporters.  C’est cette compagnie qui achète et revend les produits de l’usine d’Abram-Village depuis de nombreuses années, partout dans le monde.  

«Je suppose que la compagnie voulait se garantir un approvisionnement constant, pour répondre à la demande grandissante sur tous les nouveaux marchés», a indiqué le pêcheur Paul Gallant d’Abram-Village.  

La décision de vendre a été prise en octobre 2015.  «Le vote en faveur de la vente était assez haut.  La principale raison pourquoi nous avons accepté de vendre, c’est que l’usine avait besoin de nouveaux équipements pour continuer d’être compétitive.  Nos équipements n’ont pas été changés depuis 15 ans.  Notre espace pour tenir le homard en vie en attendant de le transformer avait une capacité de 60 000 livres et nos employés ne pouvaient pas traiter le homard assez vite.  On entreposait du homard vivant jusqu’à Tignish en attendant de pouvoir le traiter en usine et on en perdait de 7 à 10 % pendant le transport.  On savait qu’on avait un problème, mais on n’avait pas d’argent», a indiqué Paul Gallant.  

Les pêcheurs, en consultation avec leurs créditeurs, sont venus à la conclusion que la vente était la meilleure option, d’autant plus que l’acheteur offrait 40 % de plus que la valeur des parts.  Par exemple, si un pêcheur avait 10 000 $ dans ses parts, il recevait 14 000 $.  

«Tous les pêcheurs actifs ont décidé de laisser chacun 2 000 $ dans leurs parts, pour continuer la coopérative.  On va continuer à vendre à l’usine.  Ils nous garantissent qu’on va avoir le même prix qu’ailleurs pour notre homard», insiste Paul Gallant.  

Selon le pêcheur, les nouveaux propriétaires se sont engagés à maintenir l’usine et un contrat de 10 ans a été signé de part et d’autre.  

Les pêcheurs ne sont plus propriétaires de l’usine, mais par l’entremise de l’autorité portuaire, ils sont encore propriétaires du terrain sur lequel l’usine est construite.  

«Comme la coopérative le faisait, les nouveaux propriétaires vont nous payer pour louer l’espace.  Avec cet argent, on s’occupe de l’entretien du quai.  On espère qu’on pourrait faire ouvrir le canal pour entrer dans le port.  L’année passée, à marée basse, ça ne passait pas.  Il y a des pêcheurs qui ont été obligés d’attendre le changement de marée pendant trois heures, pour pouvoir passer», raconte Paul Gallant, pour montrer que les pêcheurs ont déjà bien des soucis.  

«Acadian Supreme» est un nom déjà bien connu.  Depuis plusieurs années, c’est la marque de commerce des produits qui sortent de l’usine de transformation.  «Nos produits sont vendus de par le monde entier, en Asie, en Europe, et ils ont une excellente réputation.  Nous espérons que la nouvelle compagnie pourra investir dans l’usine, pour pouvoir élargir notre gamme de produits et nos marchés», dit le directeur de l’usine et chef de la production pour le compte de la coopérative depuis plusieurs années, Jeff Malloy.  

Ce dernier conserve son poste, et selon lui, personne ne devrait perdre son emploi à cause de la vente.  «Nous allons ouvrir comme d’habitude en avril.  Nous aurons autant d’employés qu’auparavant, nous aimerions même en avoir plus.  Chaque année, nous fonctionnons avec environ 175 employés, mais nous en aurions besoin de 225.  C’est difficile à trouver.  Les jeunes ne veulent plus travailler dans des usines.  C’est pourtant une bonne façon de gagner de l’argent», dit le directeur.  

Au moment de la vente, la Coopérative des pêcheurs l’Acadienne devait 5 millions de dollars au gouvernement provincial.  Dans le cadre de l’achat, Acadian Supreme aurait remboursé un prêt de capital de 2 millions de dollars avancé par le Fonds P.E.I. Century 2000 en 2014 à la Coopérative des pêcheurs L’Acadienne.  

Le Fonds Century a également avancé un prêt de 3 millions de dollars à la coopérative en 2015 dans le cadre d’une restructuration de la dette de la coopérative.

Ce prêt de 3 millions de dollars est maintenant la propriété d’Acadian Supreme Inc et c’est cette compagnie qui assumera le remboursement.  

Il y a une usine de transformation au bord du pont de Maximeville, à Abram-Village, depuis 1955.  La première usine, qui occupe encore une partie du quai des pêcheurs, a été construite lorsque Jean J. Gallant de Mont-Carmel et Philippe M. Arsenault de Baie-Egmont ont fusionné leurs coopératives respectives, toutes deux fondées en 1944.  

- Par Jacinthe Laforest

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