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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 5 mars 2014

L’onde de choc soulevée par le décès, le 25 février dernier, d’Angèle Arsenault, a été ressentie durement et rapidement.  C’est pourtant dans sa famille immédiate que la nouvelle a causé le plus de dommage.  

«Ç’a été un choc, pour nous tous, ses frères et ses sœurs.  Elle était restée très discrète sur son état de santé.  Elle nous disait toujours qu’elle allait mieux, bien qu’elle se sentait comme une miraculée tellement elle prenait du mieux.  Même si certains d’entre nous avaient des doutes, nous ne savions pas qu’elle était aussi malade», a réagi Marie-Anne Arsenault, le jeudi 27 février en soirée.  

Marie-Anne est la quatrième enfant de la famille, après Raymond, qui a 82 ans, Pierre, qui vient d’avoir 80 et Rose.  «Sur notre grande famille de 14 enfants, c’est la première qui nous quitte, même si elle est loin d’être la plus vieille.  C’est un grand choc pour nous.»

Lors de notre conversation avec Marie-Anne Arsenault, cette dernière était calme et sereine.  «Je n’étais pas comme cela hier.  Mais aujourd’hui, on accepte mieux.  Vous savez, Angèle a eu une présence marquante dans notre famille.  Les enfants qui sont nés avant elle, comme moi, étaient plus soumis et obéissants.  Angèle, pour sa part, a toujours pris sa place.  Si on lui disait de faire telle chose, elle demandait pourquoi.  Elle se rebellait, même face à mon père, ce que nous, les plus vieux, n’aurions jamais osé faire», raconte Marie-Anne Arsenault, d’un ton serein.

Marie Anne Arsenault raconte qu’Angèle avait du caractère.  Très jeune, elle achetait des disques et des revues où il y avait des photos d’Elvis Presley même si mon père ne voulait pas que ses filles voient cela.  Elle aimait la musique et je pense qu’elle aimait aussi s’affirmer de cette façon.  Même dans ses chansons.  On lui suggérait parfois de changer des mots, pour ne pas froisser les gens, mais elle ne voulait rien changer.»

Angèle est devenue un exemple pour ceux qui sont nés après elle, et toute sa vie, elle a été celle qui, à de nombreux égards, a montré l’exemple.  Et par ses chansons aussi, elle a montré la voie et a donné une voix à bien des femmes qui ne se reconnaissaient pas dans les chansons qui étaient à la mode à l’époque.  

«Nous ne comprenons pas vraiment pourquoi elle est restée si discrète sur son état de santé.  Je sais que le matin même de sa mort, elle a parlé à Pierre, du Mexique où il était.  Il a offert de prendre l’avion pour aller la voir mais elle a refusé, lui disant que de toute façon, il ne pouvait rien faire.  Il ne pensait pas, cependant, que c’était la dernière fois qu’il lui parlait», raconte Marie-Anne.  

Maria Bernard, qui connaît Angèle et sa famille depuis longtemps, a une théorie sur le pourquoi du secret.  «C’était une vedette.  Si la nouvelle de sa maladie s’était répandue, peut-être que les membres de sa famille auraient été harcelés par des médias à potins.  Et je pense qu’elle a préféré se priver d’eux que leur imposer cela» affirme Maria Bernard, une grande admiratrice d’Angèle.  

Présidente des Francophones de l’âge d’or, un des organisme partenaire dans l’organisation d’une grande journée multigénérationnelle le 8 mars à Summerside, Maria Bernard a voulu ajouter, au programme de cette journée, des témoignages de respect et de reconnaissance envers la défunte.  

C’est difficile d’imaginer qu’Angèle ne sera plus là.  On dirait qu’hier encore, son sourire illuminait tout sur son passage.  Au lendemain de son décès, selon ses désirs, elle a été incinérée.  On peut donc dire que ce qui reste d’elle, outre des souvenirs marquants, ce sont ses chansons.  

«Nous nous sommes réunis en famille, peu de temps après la nouvelle, pour écouter son dernier disque.  Il est tout enregistré, elle a fait cela avant de perdre la voix.  Mais les paroles des chansons sont étonnantes.  C’est comme si elle avait écrit ces chansons pour après sa mort», raconte Marie-Anne Arsenault, qui dit espérer que les démarches seront prises pour terminer le disque afin que les fidèles admirateurs d’Angèle reçoivent le cadeau de ces derniers messages.  

D’ailleurs, Marie-Anne croit qu’il reste encore, quelque part, des poèmes et des chansons d’Angèle qui n’ont pas encore trouvé leur chemin jusqu’au public.  «Je me souviens que vers 1975 environ, elle avait écrit un livre qui s’appelait «Première» et dans lequel il y avait des poèmes inconnus.  Il me semble que j’ai encore ce livre…»

Déjà, le 5 mars, aujourd’hui même à Abram-Village, l’école Évangéline invite les gens à se rendre à la cafétéria de l’école à 13 h 30 pour une rencontre informelle où les chansons d’Angèle seront à l’honneur.  On encourage les gens et les élèves à s’habiller en jaune, à porter des étoiles dans les cheveux, etc.  Cette activité sera une célébration de la vie d’Angèle.   

Marie-Anne Arsenault est la seule dans sa famille a avoir reçu ce disque démo, le dernier enregistré par Angèle et qui pourrait être lancé dans la prochaine année.

- Par Jacinthe Laforest -

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